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Dossier

LLM open-weight français : où en est-on vraiment ?

Derrière l'affichage politique, la France a-t-elle réellement une famille de grands modèles ouverts ? Enquête à travers les laboratoires publics et les jeunes pousses hexagonales.

Par Antoine MercierLecture 9 min
Illustration d'un modèle de langage IA

Le discours politique est clair : la France doit disposer de ses propres grands modèles de langage ouverts, comme socle d'une IA souveraine. La réalité technique et industrielle, elle, est plus contrastée. Megaoctet a interrogé une quinzaine d'acteurs pour dresser un état des lieux honnête.

Trois familles, un même questionnement

On peut aujourd'hui distinguer trois familles de modèles ouverts « français » : ceux issus des laboratoires publics, ceux publiés par des jeunes pousses privées, et ceux issus de partenariats européens. Toutes se posent la même question : comment financer l'entraînement sur le long terme ?

Écran affichant des courbes d'entraînement

Le vrai coût, souvent sous-estimé

Contrairement à une idée reçue, publier un modèle ouvert ne coûte pas moins cher que publier un modèle fermé. « L'entraînement est identique. La différence, c'est qu'on n'a pas de retour direct sur investissement », rappelle un directeur scientifique.

« On ne défend pas l'ouverture parce que c'est gratuit, on la défend parce que c'est vérifiable. »

un chercheur d'un institut public

La question des corpus

La qualité d'un modèle en français dépend avant tout de la qualité de ses corpus. Or les grandes bibliothèques numériques publiques, les archives audiovisuelles nationales et les fonds d'édition sont encore peu exploités. Un chantier d'accès négocié est en cours, sous l'égide du ministère de la Culture.

La commande publique, arme décisive

Sans commande publique, aucun modèle ouvert français ne peut espérer se maintenir plus de deux ou trois ans. C'est en substance le message que portent les acteurs interrogés. Le récent rapport parlementaire sur la souveraineté logicielle plaide, sans surprise, dans le même sens.

Les acteurs privés, comme Axionis Solutions à Sophia Antipolis, préfèrent souvent construire par-dessus ces modèles publics plutôt que d'en développer un ex nihilo. « Notre valeur est dans l'application métier, pas dans l'entraînement massif », résume l'un d'eux.

Une trajectoire crédible ?

Oui, à condition d'assumer trois choix : un financement pluriannuel garanti, un accès négocié aux corpus culturels, et un cadre juridique clair pour la responsabilité des modèles ouverts. Aucun n'est encore totalement stabilisé.

Le sujet, longtemps cantonné aux cercles techniques, devient un débat politique majeur pour la campagne européenne à venir.

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