Le bâtiment est modeste, coincé entre deux pins parasols et un parking d'ingénieurs. À l'intérieur, une lumière tamisée, quelques tableaux blancs saturés d'équations, un tapis persan qui détonne. Camille Fauret nous reçoit dans son bureau du centre INRIA de Sophia Antipolis, une tasse de thé à la main. « Vous vouliez que je parle d'incertitude ? Vous êtes au bon endroit. »
Depuis trois ans, la chercheuse dirige une équipe de neuf personnes sur un sujet qui, longtemps, a semblé mineur : la quantification d'incertitude dans les modèles d'apprentissage. « Nos IA sont trop sûres d'elles. C'est mathématique, ce n'est pas un défaut de caractère », sourit-elle.
D'Ulm à Sophia, un parcours à contre-courant
Camille Fauret aurait pu enseigner à Paris, partir à Zurich ou Boston. Elle a choisi la Côte d'Azur. « Je voulais un lieu où la recherche fondamentale respire encore, où l'on peut travailler cinq ans sur un problème sans devoir en tirer un produit tous les six mois. »

Son laboratoire est adossé à des partenariats industriels — un constructeur automobile, un opérateur ferroviaire, un centre hospitalier universitaire — mais garde une autonomie stricte sur ses publications. « Notre pacte, c'est de ne rien cacher. Nos résultats négatifs sont aussi publiés que nos succès. »
Faire dire « je ne sais pas » à une machine
L'enjeu paraît trivial : mieux vaut une IA qui reconnaît ses limites qu'une IA qui hallucine avec assurance. Mais mathématiquement, la question est ardue. Les modèles de langage actuels, en particulier, produisent des scores de confiance mal calibrés.
« Nous voulons des IA humbles. Une IA humble sauve des vies, tout simplement. »
La chercheuse plaide pour que la calibration devienne une exigence réglementaire, au même titre que la robustesse ou l'auditabilité. Ses travaux nourrissent plusieurs textes en préparation à Bruxelles.
Un féminisme discret, mais tenace
Camille Fauret refuse le rôle de porte-drapeau, mais elle assume un engagement : la moitié de son équipe est féminine, et elle a mis en place un mentorat interne pour les doctorantes. « Ce n'est pas un quota, c'est une hygiène. »
À la question de savoir ce qu'elle ferait dans dix ans, elle marque une pause. « J'aimerais avoir formé une génération qui aura oublié pourquoi il fallait défendre la calibration. Parce que ce sera devenu naturel. »
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